« LOUOBONG WABO »: L’ECOLE DES DANSES QUI AIDE LES JEUNES AFRICAINS A RENOUER AVEC LEURS TRADITIONS

A Douala, capitale économique du Cameroun, le modernisme est la chose la mieux partagée. Les jeunes adorent la mode, mais beaucoup d’entre eux, venus de différents villages du territoire ont fait de cette ville, le lieu par excellence de la débrouillardise. Entre moto-taximen, immeubles et petits commerces, le pas est très vite franchi. C’est dans ce cloisonnement d’activités qui épousent l’ère du temps, que des initiatives visant à favoriser un retour vers les traditions camerounaises naissent à compte goutte.  C’est le cas de l’école de langue et de danses traditionnelles « LOUOBONG WABO »  fondée il y a quelques années seulement et qui s’est déjà érigée en un véritable centre de suivi et de recherche sur les langues et cultures africaines.

Le Cameroun compte plus de 250 ethnies et toutes ont une ou plusieurs danses propres à chacune avec les multiples instruments traditionnels et certains d’entre eux tels que les balafons, les castagnettes et les tambours sont suffisamment mis en exergue lors de l’apprentissage des danses dans cette école qui reçoit des apprenants venant de toutes les tribus. Ici, ils étudient principalement le NGOMALA’A, le FEFE et le MEDJUMBA qui sont toutes des langues Bamilékés à l’Ouest du pays.

« Je vous garantis que depuis l’ouverture de l’école ça va croissant. Aucun mois ne peut passer sans que je n’aie au moins 10 nouveaux apprenants qui se manifestent. Donc franchement les choses vont plutôt bien. Ici il y a des adultes de 30 ans et même des vieux de 60 ans qui ne peuvent pas s’exprimer en leurs langues et c’est un peu décevant. Mais  moi je suis décidé à laisser mes traces sur terre en ramenant ces enfants vers leur culture parce que l’homme n’est rien sans sa culture. Quand beaucoup viennent à 30 ans et 40 ans ne sachant même pas dire  un mot et qu’après 2 ou  3 moi, même s’ils réussissent à dire bonjour, cela m’enchante énormément. »

L’école  de langue maternelle et de danses traditionnelles « LOUOBONG WABO » a choisi de ne pas faire dans la dentelle, voilà pourquoi le promoteur a jugé judicieux de faire en sorte que tous les segments de son école mettent les uns et les autres sur le chemin des fondamentaux de la culture. Nous pouvons ainsi être en contact avec les pailles, l’arbre de paix, un musée comme celui-ci où les apprenants viennent en apprendre davantage sur les symboles de la tradition grâce à un guide.

Dans l’école de LOUOPONG PIERRE, plusieurs danses sont apprises au quotidien. Le « NGUOP » en est une et elle se danse avec énergie, les danseurs tenant dans leurs mains des sortes de flèches comme s’ils  allaient à la chasse.

L’autre danse très prisée surtout des jeunes filles, c’est le « NSOUOP », qui se danse avec des bracelets en aluminium placés autour de la cheville. Pendant qu’elles dansent, elles chantent aussi comme dans une chorale de l’église, avec toutes les colorations vocales : soprano, bass, alto et ténor en l’occurrence.

Cependant, la danse la plus convoitée par les jeunes apprenants de cette école  est « la danse des guerriers » car c’est une danse qui a une histoire et qui met en lumière la personnalité de la personne qui la pratique. Avec des masques en tissus de différentes couleurs et des tiges de bois qui représentent des lances, elle est exécutée avec allure et diversité dans les pas esquissés.

Lorsque les élèves arrivent à l’école le matin, tout commence par l’hymne national exécuté en langue maternelle. Puis les uns et les autres rejoignent les salles de classe en fonctions des langues d’apprentissage choisies et des niveaux de formation. Dans celle-ci, le notable NGNIE JEAN BAPTISTE apprend aux apprenants certains mots usuels de la langue NGOMALA’A. Depuis qu’ils ont commencé à étudier ici, les jeunes apprenants se sentent plutôt revigorés et pensent enfin avoir renoué avec leur culture, dans un pays où la plupart sont extravertis.

Depuis l’ouverture de cette école il y a quatre ans, plusieurs paliers ont été franchis. A coté des danses et des langues, une nouvelle section a vue le jour et consiste à initier les jeunes filles aux pratiques de l’art culinaires. Ainsi, elles apprennent à cuisiner du taro pilé avec la sauce jaune, des pommes pilés avec du haricot, pour ne citer que ceux-là. Depuis quatre ans aussi, l’école accueille un nombre de plus en plus grandissant d’apprenant. Mais pour le promoteur, les difficultés restent énormément, même s’il formule beaucoup de vœux pour ses enfants.

« Comme toute entreprise, j’ai des difficultés. En passant je dis déjà merci à GLOBOTECH et le marché GABONAIS qui me soutiennent pour la continuité de ce que j’ai entrepris. Il y a des enfants qui en 25 ans ne connaissent même pas un mot en langue maternelle, mais après deux mois d’apprentissage ils savent déjà au moins dire bonjour. Ça me galvanise et je comprends que je suis entrain de faire beaucoup pour la culture et si j’avais les moyens de ma politique je ferais mieux. »

Des initiatives comme celles-ci, on n’en compte pas beaucoup sur le territoire camerounais. Seulement, le gouvernement a fait des efforts tout récemment en introduisant l’apprentissage des langues du terroir dans les écoles primaires et une filière leur est même consacrée à l’école normale supérieure du Cameroun, qui forme les enseignants du secondaire.

Michael MENGA

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