LA VANNERIE: UN MÉTIER QUI ATTIRE DE PLUS EN PLUS LES JEUNES ET NOURRIT SON HOMME

Nous sommes à Douala, capitale économique du Cameroun, non loin du marché Mboppi.  Depuis plusieurs années maintenant, Alain Eloundou, un homme d’une cinquantaine d’années, y a fait de la fabrication des meubles à base de rotins sa spécialité. Comme lui, plusieurs autres vanniers occupent les trottoirs de la grande route qui dessert le marché et y fabriquent, à longueur de journée, des chaises, des armoires, des tables, des paniers à linge ou à liqueur, et bien d’autres objets. A l’aide d’un couteau bien aiguisé,  les vanniers raclent et nettoient les lianes. Par la suite, ils les coupent selon la  dimension qu’ils désirent. Tout est fait à la main, mais ils doivent cependant compter sur des outils particuliers pour réussir un meuble.

Depuis quelques années, les jeunes commencent à véritablement s’intéresser à ce métier qui autre fois était considéré comme la profession de ceux qui n’ont rien pu faire de leur vie, et c’est la même stigmatisation qui gagne encore les cœurs aujourd’hui. Mais ceci n’a pas découragé ce jeune. Gérard Atangana a 19 ans et cela fait environ cinq ans qu’il a choisi de transformer du rotin.

« Dans notre métier la matière première c’est le chalumeau, la scie à métaux, le marteau, la tenaille, le couteau, les clous aussi, car nous utilisons les points de 6, les points de 40, de 1 et de 2. La colle nous est aussi utile et tout naturellement nous avons aussi besoin du rotin qui a plusieurs appellations telles que « la liane » et le maraka. »

Tout n’a pas toujours été facile pour lui, mais il préfère supporter les bruits des véhicules en faisant sa vannerie à longueur de journée, plutôt que de se jeter dans le vandalisme.

« Je suis entré dans le rotin depuis 2012. Au départ je n’ai pas choisi de faire ce métier, mais peu à peu c’est devenu une passion pour moi. Au début je croyais que la vannerie était faite pour les vieux. C’est faut. Il faut beaucoup de courage et beaucoup de force pour travailler le rotin. Le fait pour moi de travailler une chaise ou un meuble apprécié par des gens, me rend utile dans la société. »

Comme lui, les jeunes qui ont fait le pas vers ce métier ne l’ont pas vraiment voulu au départ, mais ne le regrettent vraiment pas. La transformation du rotin n’est pas qu’une question d’esthétique, elle permet aussi aux vanniers de gagner leur pain quotidien.

« En ce qui concerne les bénéfices, par semaine, je peux me retrouver avec 20.000 ou 30.000, cela dépend des efforts fournis et de la capacité de tout un chacun. Depuis 5 ans que fais ce travail, je ne me plains pas, je me sens bien.»

Quoi qu’il en soit, nombre de Camerounais font confiance à la solidité des produits issus de la vannerie. Cette cliente n’a pas encore de meubles en rotins chez elle, mais elle compte bien en acquérir, surtout qu’elle apprécie le travail fait par les jeunes vanniers.

La vannerie est un métier qui nourrit son homme, mais la plupart des vanniers travaillent encore dans un environnement précaire et connaissent de nombreuses difficultés qui les empêchent de produire en quantité considérable.

« La matière première qui est le rotin vient de la brousse et on a les difficultés à les acheminer jusqu’ici dû au fait que les autorités policières nous dérangent trop pendant le voyage malgré l’interdiction du gouvernement de nous menacer. En dehors de ça, le cadre de travail n’est pas approprié, nos ateliers ce sont ces parasols sous lesquels nous restons pour éviter le soleil. Des gens disent aussi que nous sommes malhonnêtes, mais c’est dû au fait que les conditions de travail nous empêchent de fournir les commandes à temps»

Pour les encourager, le gouvernement favorise l’organisation des salons et des foires pour leur permettre d’exposer leurs produits et de vendre. Mais ce n’est pas suffisant car les vanniers ont vraiment besoin d’être encadrés pour susciter l’attention qu’on devrait avoir à leur égard.

Michael MENGA

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